... et je rejoins le petit groupe qui, en même temps que moi, par le chant alléché, rejoint le musicien. Pas de doute, c'est bien un homme. On dit quoi, pour une voix d'homme capable d'aller à ce point dans les aigus ? Ténor ? Il me semble qu'un ténor ne monte pas si haut. Soprano ? Je croyais que l'appellation était réservée aux femmes. Bah, qu'importe l'étiquette ? Ce que j'entends est une voix pure comme le cristal, vibrante et chaleureuse.

Les chansons évoquent parfois le chant grégorien, parfois les chants païens du Moyen-Âge. Je comprends quelques mots par-ci par-là, j'attrape au vol un bout d'allemand, une once de français, peut-être un brin de latin, un soupçon d'italien ? On s'y perd ! Il chante en esperanto ou quoi ?

Il s'accompagne d'un instrument à cordes pincées (je crois qu'on dit ça) qui est donc peut-être un luth, un truc du genre en tout cas ; un de ces instruments un peu perdus de vue mais pas tout à fait et qu'on retrouve toujours avec curiosité et étonnement. A ses chevilles, en guise de bracelets, des grelots de tailles diverses avec lesquels il marque le rythme. Un vrai p'tit homme-orchestre, quoi ! Mais que d'émotion, que de vibrations chaudes dans l'association du rythme, de la mélodie et de la voix !

Parlons de l'homme. Au premier regard, je me dis : tiens il a un look gothique qui contredit un peu la pureté de la voix. Mais non, c'est pas gothique, qu'est-ce qui me fait penser ça ? Le crâne rasé ? Ben non. Le gros tatouage visible sur l'avant-bras ? Bof. Sûrement pas les grosses godasses de marche. En fait il est plutôt habillé comme un troubadour. Dommage, je n'avais pas mon appareil photo, mon souvenir est devenu un peu flou mais je conserve le sentiment de sa présence forte. Et puis tout mitrailler à l'APN ça empêche parfois de vivre pleinement l'instant, alors je me console, pas grave, j'aurai pas d'image mais j'aurai un beau souvenir gravé en moi.

Le soleil tape dur, l'homme fait une pause et parle à son public (on est plein maintenant à l'écouter). Il parle en français, en allemand, je sais plus si on a eu droit à l'anglais aussi. Je comprends qu'il revient de Compostelle (mon rêve, un de mes rêves : faire le chemin de Saint-Jacques ou d'ailleurs à pied, marcher pour construire sa pensée... mais ceci est une autre histoire !). Je me disais, aussi, la coquille accrochée je sais plus où, sur son sac peut-être. Je comprends aussi qu'il a commencé à chanter comme ça vers l'âge de 21 ans. Il explique qu'il chante en fait en plusieurs langues, en mêlant des mots de différents pays selon leur vibration, parce qu'un mot lui semble plus expressif dans telle ou telle langue. Joyeux mélange ! Il dit enfin que sa femme joue ou chante avec lui mais qu'elle aime moins les spectacles de rue alors que lui aime partir sur les routes, parce que c'est là qu'on fait des rencontres et qu'on parle à plein de gens.

Le bonhomme a un vrai charisme, il parle avec une simplicité débordante d'amour et une pointe d'humour. Un grand gosse passionné, au fond. C'est beau, ça ! Alors j'ai posé un mot dans son Livre d'Or et j'ai acheté son CD. Je craignais d'être déçue en l'écoutant parce que souvent, quand on écoute de la musique dans la rue, la présence des musiciens et la beauté de l'instant contribuent à nous faire apprécier ce qu'on entend. Mais non, là ça tient la route, j'aime beaucoup le disque aussi.

J'aimerais proposer ici l'un ou l'autre extrait en MP3 mais comme j'ai contacté le sieur Arbogast en vue de proposer son CD à la vente sur Pastèque, ec., je vais attendre sa réponse. Un peu de suspense, quoi ! En attendant, voici déjà une photo du personnage, piochée sur un site perso. A suivre donc...


Luc Arbogast (Domus) et son peut-être luth.
Source : Excalembour

edit Vanch' du 02/08/2006 : pour les plus fainéants : suite et resumé des commentaires qui suivent (nombreux) par ici.