"Il faut dire les choses froidement, mais telles qu'elles sont, du moins telles qu'elles sont vécues dans le monde arabe : les Israéliens dans leur majorité n'ont aucune envie de vivre à côté des Palestiniens parce que des blessures graves et des rancoeurs se sont accumulées, parce que des malentendus historiques n'ont jamais été élucidés, parce que les guerres n'ont épargné personne. Les Palestiniens, parce qu'ils ont subi une occupation féroce et des destructions brutales, n'ont aucune envie de partager le pain et de croire qu'ils vivront en paix avec un ennemi qui a érigé un mur en béton, un mur de haine, et n'a eu de cesse de les persécuter et de les empêcher d'exister dans le sens banal et vital du terme."
Extrait d'un article de l'écrivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun paru dans Le Monde, à lire là
Je n'y connais pas grand-chose en (géo)politique et, consciente de mon inculture en la matière, souvent j'évite de m'exprimer, faute d'éléments factuels pour étayer mon opinion. Mais comment se taire quand jour après jour des civils, des enfants, des femmes et des hommes simplement coupables d'exister meurent prématurément de manière ignoble, pour avoir été au mauvais (?) endroit au mauvais (?) moment. C'est un peu comme si j'avais eu le tort, cet après-midi, de sortir acheter quelques fruits à l'épicerie en face de chez moi et que je ne sois jamais revenue de cette téméraire aventure. Cela me donne envie de hurler - et cela ne sert à rien. Ils vont s'entretuer jusqu'au dernier. Et s'il n'en reste qu'un, je ne veux même pas savoir lequel ce sera. S'il lui reste un peu de cœur, une once d'humanité, une lueur de conscience, il se noiera dans ses propres larmes : il n'y aura pas trop d'un océan de désespoir et de honte pour recouvrir une terre à ce point brûlée par la haine sous le prétexte sordide d'avoir la foi.
Il y en a un qui l'avait, la foi. Il disait : «Avec une telle foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d'aller en prison ensemble, de nous dresser ensemble pour la liberté, en sachant que nous serons libres un jour. Ce sera le jour où les enfants du Bon Dieu pourront chanter ensemble cet hymne auquel ils donneront une signification nouvelle -"Mon pays c'est toi, douce terre de liberté, c'est toi que je chante, pays où reposent nos pères, orgueil du pèlerin, au flanc de chaque montagne que sonne la cloche de la liberté"- et si l'Amérique (ou bien Israël ou encore la Palestine et tous les autres aussi - Ndlr) doit être une grande nation, il faut qu'il en soit ainsi.»
Inch'Allah !